L’age de faire : Ils roulent pour l’écologie – Octobre 2018

NUMÉRO 135 – ARTISANS : ILS ROULENT POUR L’ÉCOLOGIE25 OCTOBRE 2018

Laurence répare les baleineslaurence_debas

Laurence Debas fait partie de ces rares artisans qui réparent des parapluies. Grâce à internet et à la prise de conscience environnementale, son activité ne faiblit pas.

Laurence Debas vendait des parapluies. Aujourd’hui, elle les répare. Quand on cherche « réparation parapluie » sur un moteur de recherche internet, sa page arrive en premier. Preuve que l’ex-vendeuse en maroquinerie a gardé le savoir-faire commercial, mais depuis 2003, son quotidien a radicalement changé.

Elle passe désormais ses heures à changer des baleines, à redresser des mâts, à démonter des aiguillettes, à remonter des coulants… « De la poignée au ressort, sur un parapluie, tout se répare », assure-t-elle. C’est avant tout par goût du bricolage qu’elle a franchi le pas : « J’ai toujours aimé ça, ce côté très concret de remettre en l’état des objets. Quand j’étais vendeuse, j’ai découvert ce métier de réparateur de parapluie, ça m’a tout de suite fait envie. » Et les séances de bricolage après le travail ont confirmé sa première impression. Jusqu’à ce qu’un réparateur prenne le temps de la former, puis lui transmette son affaire. Nous sommes alors en 2003, et la voilà installée dans les Vosges. Quinze ans plus tard, on la retrouve plus au sud, en Corrèze, à Ussac, 4 000 habitants. Inutile de chercher un pas-de-porte indiquant « Réparatrice de parapluies », il n’y en a pas : « Les clients locaux me connaissent et frappent à ma porte. » Quant aux clients parisiens et canadiens, grâce à internet, ils finissent par trouver.

Ainsi, l’atelier de Laurence ne désemplit pas : « Moi qui croyais aller tranquillement vers la retraite… » L’idée ne lui serait pas venue à l’esprit quand elle a débuté, mais aujourd’hui, elle sait que, d’ici quatre ans, elle pourra à son tour former quelqu’un et transmettre sa petite affaire. Il y a aura toujours les « belles pièces » à réparer, ombrelles de collection et autres parapluies réflecteurs des photographes. Mais il y aura sûrement encore plus de parapluies « ordinaires » : « Beaucoup de personnes attachent de l’importance à leur parapluie et préfèrent le faire réparer plutôt que de le jeter et en racheter un. Je vois cet attachement dans les nombreux remerciements de mes clients. Le parapluie n’est pas un objet jetable. Parce que c’est un cadeau, parce que leur propriétaire a vécu un moment privilégié avec, parce que c’est le parapluie de quelqu’un qui n’est plus là… Ou tout simplement parce qu’ils n’ont pas envie de jeter quelque chose qui est réparable ! » Pour changer une baleine, frais de port compris, le client qui a affaire avec Laurence s’en sort pour moins de 30 euros. Soit à peu près le prix d’un parapluie neuf, « à moins qu’il ne soit chinois ».

Fabien Ginisty

Source : https://www.lagedefaire-lejournal.fr/

Article au format pdf : lagedefaire-lejournal-n°135